La passion du flipper selon Iwata – Gamopat

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L’événement vidéoludique qui m’a le plus marqué en 2015 est le décès d’Iwata. J’avais envie de rendre hommage à l’homme à travers une partie de son œuvre, les jeux de flippers, emblématique de sa philosophie du divertissement. Pour cela j’ai compilé quelques uns de mes messages sur le forum pour les réunir en un article.

Avant que les jeux vidéos ne déboulent dans les années 70, les jeux mécaniques régnaient dans les bars, les fêtes foraines et les salles de jeux, les flippers étant les stars incontestées de ces jeux mécaniques. Il est donc logique que les premiers jeux vidéos comme Pong ou Breakout aient des principes pas très éloignés du flipper : il s’agit également de renvoyer indéfiniment une balle pour réaliser le plus gros score…

C’est la raison pour laquelle, lorsque les jeux vidéos sont entrés dans les foyers, les jeux de flippers ont été parmi les premiers jeux réalisés et tout naturellement lorsque la Famicom est sortie au Japon en 1983, Nintendo a voulu créer son flipper : Pinball Famicom.

C’est une toute jeune société venue offrir ses services à Nintendo pour créer des jeux sur la nouvelle console de Nintendo, Hal Laboratory, qui est chargée de la finition de ce jeu de flipper. Satoru Iwata, l’actuel PDG de Nintendo, qui était alors programmeur chez Hal se souvient « au lieu de donner le feu vert à nos idées perso, Nintendo nous a demandé de rendre opérationnel un titre qui ne fonctionnait pas du tout : Pinball Famicom »

[DOSSIER] La passion du flipper selon Iwata

Nintendo à la fin des années 70 et au début des années 80 avait imposé un style cartoonesque à ses jeux électroniques Game & Watch ainsi que dans des jeux d’arcade comme Sheriff ou Donkey Kong, style qu’on retrouve dans Pinball famicom, un jeu coloré et plein de fantaisie dans l’esprit des productions Nintendo de l’époque. Bien que Pinball Famicom soit un jeu de flipper assez rudimentaire on retrouve déjà un bon nombre des recettes qui seront la marque de fabrique des flippers conçus par Hal Laboratory : jackpot, cartes à jouer, bonus, animaux délirants (pingouins, poussins qui sortent de l’oeuf et otaries jonglant avec des balles) intervenant dans le flipper, bloqueurs de balles, tableau bonus où Mario doit délivrer Daisy, etc…

[DOSSIER] La passion du flipper selon Iwata

Par la suite Iwata et Hal vont tirer les fruits de l’expérience Pinball Famicom, et vont petit à petit s’imposer comme les maîtres du flipper sur consoles et micro 8 bits. Ainsi au milieu des années 80, Hal avec Iwata comme co-producteur, va sortir un petit bijou de flipper qui va ridiculiser tout ce qui se faisait jusque là en la matière : Rollerball sur les ordinateurs du standard MSX (NDLR : sorti en 1984 sur MSX).

Iwata, à gauche

Iwata, à gauche

Là où Nes Pinball s’étalait sur 2 écrans, Rollerball sur MSX s’affiche désormais sur 3 écrans. Jamais la physique de la balle n’avait été aussi nerveuse et impressionnante de réalisme, les bonus n’ont jamais été aussi nombreux et on peut désormais réaliser tous les coups possibles dans les vrais flippers des bars (les fourchettes , les amortis, etc… ) le tout avec un zeste de folie et de démesure … Tous ceux qui ont testé Rollerball à l’époque sont tombés à la renverse de bonheur tant le jeu était en avance sur son temps.

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En 1985, l’année de sortie de Rollerball en France, le magazine Tilt a décerné son tilt d’or du meilleur jeu de flipper à 2 jeux ex-aequo : Macadam Bumper et Cobra Pinball.

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Macadam Bumper de ERE informatique sur CPC

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Cobra Pinball de Cobrasoft sur Oric

Une récompense qui résume à elle toute seule toute l’imposture et tout le copinage de la presse vidéoludique française confortant les possesseurs du MSX dans leur certitude de détenir la vérité seuls contre tous.

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En 1988, Rollerball sortira sur Famicom, mais ce jeu n’a rien à voir avec le titre MSX. ce jeu démontre que « plus » n’est pas synonyme de mieux. Le jeu s’étire désormais sur 4 écrans, dispose de plus de cibles, de bonus dans tous les sens, dispose d’une musique et d’un thème graphique représentant New York la nuit. Mais le jeu est trop compliqué, trop confus, trop difficile pour en faire un divertissement correct pour le plus grand nombre. Le jeu reste cependant très très bon pour peu qu’on s’acharne à en saisir les mécaniques.

[DOSSIER] La passion du flipper selon Iwata

On ne connait pas exactement le rôle d’Iwata dans la réalisation des 2 flippers que Hal Laboratory a conçu pour la Gameboy cependant celui-ci est crédité comme faisant partie du staff sans plus de précision.

Quand la Game Boy sort donc, Hal récidive avec un jeu encore plus abouti : Revenge of the Gator. Hal Laboratory semble avoir tiré les leçons de Rollerball sur Famicom, à savoir qu’il ne sert à rien de vouloir faire une simulation complexe pour réaliser un flipper abouti et réalise qu’un jeu divertissant est avant tout un jeu limpide dans sa simplicité.

Dans Revenge of the Gator tout est superbement réalisé de la superbe intro au gameplay. Le jeu est nerveux, la physique et l’animation de la balle sont au top. Le jeu s’allonge sur 4 tableaux mais propose également 3 tableaux bonus absolument délirants . Le passage d’un niveau à l’autre de hauteur est parsemé d’obstacles, tels des portes ou des briques. Les tableaux bonus fort bien pensés proposent par exemple un casse-brique. Les bumpers, rampes, couloirs, cibles, jackpot, etc… sont présents . Rien ne manque à l’appel ! Les graphismes sont sobres , lisibles et très amusants truffés de reptiles loufoques avec des designs Kawaï. La musique est guillerette et accompagne bien l’action.

Revenge of the Gator est un must absolu sur Game Boy qui connaîtra un fils spirituel en Kirby’s Pinball Land qui est encore plus génial que son prédécesseur. Le jeu a été un des premiers à sortir sur la première portable de la firme de Kyoto et résume à lui tout seul ce qui allait le style unique et inimitable des jeux Game Boy.

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Souvent les meilleurs jeux ne sont pas sortis tout armés comme Athéna de la cuisse de Jupiter. Ils sont le fruit d’une longue et lente évolution, chaque nouvel opus apportant des innovations de gameplay et des idées nouvelles. Kirby’s Pinball Land profite donc de tout le savoir faire de Hal Laboratory en matière de jeux-vidéo de flippers car il est le dernier né d’une longue généalogie : Pinball Famicom, Rollerball MSX puis Famicom, et enfin Revenge of the Gator.

Née sur Game Boy, la série Kirby a donné lieu à toutes sortes de jeux secondaires plus géniaux les uns que les autres sur GB : casse-briques, Tetris-like et donc flipper. Hal sublime le flipper en revenant à tous les fondamentaux.

Dans Kirby’s Pinball Land il y a 3 tables de flippers (de 3 niveaux) qui communiquent entre elles avec à la fin de chacune un boss : Whispy, Kracko et Poppy bros . Il y a aussi des mini-jeux comme un casse-briques, un jeu où l’on doit marquer des buts avec la boule de flipper dans une cage de foot protégée par un gardien.

Le jeu se déroule dans un habillage Kirby absolument ravissant ( la balle plus grosse que d’ordinaire est un Kirby) et délirant ressemblant grandement à l’univers de l’anime Dr Slump. On doit par exemple viser les nuages pour les faire pleuvoir, casser la voute céleste pour briser la lune, ou toucher des cibles en forme de têtes Moaï de l’ile de Pâques… Les bonus, surprises, jack-pot, etc… fourmillent dans ce jeu qui respire la bonne humeur, l’amour du travail bien fait et bien fini ainsi que l’amour porté au support Game Boy. Seul bémol le jeu est moins nerveux et plus lourd que Revenge of the Gator. Les musiques quant à elles, crachées par l’adorable son de la chiptune GB, sublimes, sont bien sur issues de l’univers Kirby.

[DOSSIER] La passion du flipper selon Iwata[DOSSIER] La passion du flipper selon Iwata

Iwata est un génie qui a montré qu’il n’y a pas besoin de super machines pour faire de super jeux. Iwata est bien connu comme président de Nintendo mais il ne faut pas oublier le développeur de génie. C’est l’un de ceux qui ont donné au MSX, à la Nes et à la Game Boy tant de bons jeux. Avec Revenge of the Gator et Kirby Pinball on reconnait immédiatement la patte Iwata dépouillée mais kawaï, fun, bourrée de gratifications et de bonus en tous genres… Ces deux jeux Game Boy sont de véritables miracles avérés de gameplay et de game design sur une des machines les plus limitées techniquement. Je propose donc que le procès en canonisation soit engagé dans les plus brefs délais pour la reconnaissance de sa Sainteté Iwata.

Gamopat – Iwata – La passion du Flipper

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